iGor milhit

Mardi, et le froid absent

Au creux des brumes du sommeil, j’avais imaginé l’air du matin figé par le froid, limpide au toucher, cassant au regard, le béton et le bitume du quai prisonnier du givre, le rappel du voyage de la Terre dans l’immensité hostile. Cette poésie là me manque, je la sens tapie, non loin, il ne lui manque pas grand chose, quelques degrés à peine, une maille qui se défait, en secret, dans le tissus du système industriel, couverture qui emballe le monde et supporte quelques broderies, vitrines, services, l’illusion, le mirage, un dogme de solidité, un credo de sécurité, à peine l’épaisseur d’un papier bible. Comme une dépendance, une toxicomanie, nous nous sommes engloutis, sans savoir, sans choisir, dans un tombeau de confort, on étouffe et on ne croit plus savoir vivre autrement, nous avons fuit des calamités, la mort enfant, la mort jeune, le froid et la faim, pour découvrir que cet échafaudage s’est construit grâce à la mort enfant, la mort jeune, le froid et la faim de beaucoup, pour découvrir que cet échafaudage ne peut durer, et que nous sommes en train de tomber vers un avenir qui ressemble à un passé aux couleurs passées.

La vie humaine est une calamité et c’est notre seule joie. Vivons-la. Encore que ce n’est pas là une véritable injonction, plutôt une invite lancée à moi-même, histoire de me donner le change, de singer l’humain libre, de marcher dans les traces qui dessinent des chemins contraints devant moi, dans la page qui n’est blanche qu’à mes yeux défaillants.