iGor milhit

Kestufou ?

À genoux dans le bac à sable, on dirait que le salaire à vie était déjà une réalité, alors qu’est-ce tu vas faire ?

C’est une bonne question. Au moins, c’est une tentative d’ouvrir la porte, histoire de se balader dans le jardin des envies et des rêves, mieux vaut tard que jamais, enfant je n’ai jamais su quoi répondre à qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand. Pas plus qu’adolescent ou jeune adulte. Dans les moments les plus concentrés, j’arrivais à lister, en cachette, des trucs que je n’avais pas envie de faire, et encore, c’était pas sûr. Ou alors, carrément indicible : je ne veux pas travailler.

Non. C’est pour moi une évidence, on ne peut pas vouloir ça. Je veux bien faire des trucs, mais pour être avec des gens, et encore pas n’importe lesquels, des gens normaux, sans cravates ni tailleurs, qui n’ont pas envie de réussir leur vie (une bonne recette pour l’enfer pour soi, ou pour les autres), mais juste de vivre puisqu’on est là sans l’avoir jamais demandé, alors faisons des trucs ensemble, voilà1. C’était ça le paradis, alors que je n’avais pas réfléchi à tout, mais on s’en fout. Et maintenant que j’ai un peu plus réfléchi à d’autres trucs, ou dit autrement que j’ai lu des choses écrites par des personnes qui réfléchissent (ou qui ont aussi lu, vraisemblablement), je me dis que c’est encore plus une bonne idée : faire de trucs, oui, mais ensemble. Et que l’important, c’est (un peu) moins ce qu’on fait, que la manière dont on le fait, ensemble.

Par exemple, sans propriétaire qui décide pour tout le monde. Et, aussi, surtout, en étant attentif aux mécanismes du pouvoir et de la domination, pour s’en défendre, s’en extraire, s’en déshabituer, constamment, parce que c’est comme la poussière, c’est sans fin. C’est ce genre de chose qui me semble essentielle pour pouvoir faire des trucs ensemble.

D’autant qu’il y a plein de choses à faire, que ça plaise ou non. Pour l’instant, c’est toujours sur les mêmes que ça tombe et vraiment, ça ne peut pas être, ça ne sera jamais juste. Autant qu’on le fasse ensemble. Même si ça ne résout pas tellement le degré de division du travail nécessaire à une société comme la nôtre. Ce qui porte à réflexion.

L’autre point, quand je me laisse rêver à un monde où on pourrait faire ce qu’on veut – sauf, que c’est une question qui n’a pas tellement de sens, c’est bien l’idéologie de l’individu libre et non faussé qui fait qu’on se la pose –, c’est de faire différentes choses, pas tous les jours le même boulot quoi. Par exemple, moi je ferais bien quelques jours en bibliothèque, d’autre à la ferme, d’autres encore à donner des cours de quelque chose, et des périodes à ne rien faire, et puis régulièrement, avec les gens du quartier, faire des trucs pour le quartier.

Voilà, si on pouvait vraiment faire ce qu’on veut, et bien moi, j’aimerais bien faire comme ça.


  1. Sur ce sujet, lire le magnifique CENTRE INTERNATIONAL DE RECHERCHES SUR L’ANARCHISME, 2019. Refuser de parvenir : idées et pratiques. Paris : Nada. ISBN 979-10-92457-10-0, dont il sera peut-être question dans un prochain billet. ↩︎