Accélération

Je repense à mes lectures sur le web à une époque lointaine, il y a un peu moins de deux ans, les premiers mois du numéro de série deux-zéro-deux-cinq. Il y était souvent question de l’accélérationnisme, que ce soit dans la version des révolutionnaires contre-révolutionnaires, ou dans celle des égarés qui prétendent vouloir la révolution pour que rien ne change. À deux doigts de citer le biomarqueur du confusionnisme politique, ni droite ni gauche, zyva déroule tranquille le tapis rouge aux bruns. Et, pour les mois des siècles plus tard, aujourd’hui, je me dis que l’accélération accélère pas mal en effet, mais tellement déconnecté par la connexion permanente, je crois qu’on ne s’en rend pas tout à fait compte. Et comment parvenir à percevoir le présent ?

Le biggest data as possible, le machine-learning et le capitalisme forcément férocement fossile ont achevé (ou accéléré) la destruction d’un bon nombre de secteurs des industries culturelles et des industries tout court, de disciplines académiques entières, et j’en passe. J’insiste sur le fait que le processus avait commencé bien avant, avec la marchandisation de tout pour tenter de sauver le soldat accumulation du capital, puis avec la merdification du même tout, toujours pour tenter de sauver le même soldat, ou à tout le moins de s’emparer par n’importe quel moyen nécessaire de la part la plus large possible du gâteau dans un remake très cru de la Conférence de Berlin, numéros de série un-huit-huit-quatre et un-huit-huit-cinq. Ce à quoi on assiste, ou plutôt le train supersonique auquel nous sommes ordonnés de nous accrocher, par n’importe quel moyen nécessaire, n’est qu’un moyen d’accélérer, justement, un processus démarré il y a au moins cinq décennies, à l’époque où mentionner l’année mille-neuf-cent-septante-trois pouvait avoir encore un sens, au moins en Europe occidentale.

Les mêmes automatisent et accélèrent l’invention et la destruction des cibles prétendument de guerre, en réalité des victimes à immoler sur l’autel de l’accumulation du capital et de son olympe, rien à voir avec un soldat, la prédiction charnelle des suites de jetons jetés sur la feuille blanche a ses propres limites et ratés. Et les mêmes participent à l’édification de miradors automatisé de plusieurs dizaines de mètres de haut qui mitraillent en continu la population de ce qui reste d’une partie congrue de ce qui était une prison à ciel ouvert avant trois ans de travail d’éradiction méthodique de tout ce qui constitue un peuple. Pour ne mentionner qu’une des innombrables scènes du spectacle hideux de notre civilisation.

Pendant ce temps, une autre destruction voit son accélération s’accélérer, à savoir celle des équilibres ou limites planétaires qui rendaient la biosphère telle que l’humanité — et toute la ribambelle des êtres vivants qui n’ont rien demandé — a jamais connu à peu près stable et possible. Ce qui provoque quelques effets en retour, avec des boucles de réaction positive et non, ce n’est pas enfin une bonne nouvelle.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas que les forêts qui brûlent ou qui sont rasées pour couler des milliers d’hectares de béton sous forme d’autoroutes et d’hyperscalers, mais aussi les mairies, les boutiques de luxe, les hard discounters, parfois le petit commerce du coin, c’est vrai, les omelettes, les œufs, tout ça. Et là aussi, l’accélération accélère, même rythme, même pas de danse. Parce qu’elles et ils ont de moins en moins à perdre, et voilà que c’est le désespoir qui finit par donner espoir, c’est dire si on les a bien abandonné-es à elleux mêmes, merde.

Me voilà à nouveau figé devant le miroir, comme un lapin dans les phares d’une colonne de camions du cyberespace, mais c’est une image parce le monde accélère toujours son accélération, rien ne sert de m’accrocher à mes insécurités émotionnelles, et pourquoi faire ? Il y a tant à faire.

À faire.

Les mésanges bleues émeutières n’attendent pas pour accélérer l’accélération de l’extension de la joie incendiaire.

Toute ressemblance avec des lectures passées, présentes ou futures est préméditée, dans la mesure de mon processus d’écriture de cancre. Et non, pas de bibliographie ici.

L’auteur, en toute transparence, reconnaît avoir utilisé l’intelligence artificielle générative comme un punching ball.