Le 6 mars 2026

Comment ça va ? On fait aller ? Ça va bien. Oui, ça va bien ! A-t-on le choix ? Et comment oser dire que ça ne va pas : c’est vendredi soir, le weekend s’offre à nous, on a eu le luxe d’avoir une semaine de travail, un travail pas excessivement pénible, qui permet de vivre et pas seulement de survivre, pour l’instant, encore. On n’est pas coincé entre un gouvernement capable de massacrer sa population et les bombardements de puissances que j’abandonne de qualifier, ce soir. On écoute des disques de musique reposante, on décide de sauter un repas, par oisiveté et pas parce qu’on ne peut faire autrement.

Et il va falloir tenir bon, même tenir mieux que ça, avec le sourire et faire en sorte d’encourager autour de soit à tenir au mieux, chacun, chacune selon son contexte, continuer à le faire alors que la plupart de ce qu’on tient pour garanti va se défaire. Et ne pas oublier qu’ici, c’est le jardin arrière de la résidence secondaire des empires. Que si ça empire, c’est d’abord là où les empires déchaînent leur violence, leur exploitation, leurs destructions. Ce qui rempli les vitrines des rues basses, les rayons des supermarchés, les pages web de nos boutiques en ligne.

Même si on s’évertue à acheter nos légumes, bio, de saison, aux maraîchers du coin.

Note : penser à regarder comment évolue la version dévertébrée de sécurité sociale de l’alimentation locale, parce que c’est quand même un pas dans une autre direction.

Hier, au travail, j’ai participé à une sorte de groupe de travail (encore informel) sur l’« IA » et c’était moins pire que je ne le craignais. J’ai même eu le sentiment d’être un peu moins seul en sentant des questionnements et des préoccupations similaires aux miennes. Et un sentiment d’impuissance. Parce qu’on manque cruellement d’organisation. De passer du temps à autre chose que se divertir, et faire quelque chose.

Et puis, plus tard dans la journée, j’ai lu le billet suivant d’Arthur Perret, sur la connaissance comme une construction, sociale, historique, fondée en partie sur des documents plutôt que des informations. Sans y avoir réfléchit de manière aussi construite et détaillée, je me demandais justement ces derniers jours que pourrait dire un ou une historienne, avec sa méthode de critique des sources, d’un bout de texte synthétique.

Ou alors, aujourd’hui, je pensais au fait que nos représentations du monde extérieur, du réel, sont véritablement construites, comme une photo est cadrée, comme l’opinion publique qui ne s’interroge pas, mais se façonne, comme l’actualité n’est pas ce qui s’est passé, à notre connaissance, comme disait l’autre dans la petit boîte de mon enfance, mais ce que la rédaction a choisi, priorisé. Longtemps, j’ai été en partie réfractaire à cette idée, parce qu’il me semble qu’il est possible de déterminer quelques éléments objectifs sur lesquels ont peut se mettre d’accord. Pour ne pas sombrer dans la folie. Et ce n’est pas une idée que je vais abandonner aussi simplement.

Mais se souvenir que toute connaissance est une construction donne un peu de mou, rend possible le recul, permet de respirer. Ce qui est peut-être nécessaire pour agir.

Rédigé en écoutant du Curtis Fuller, du Miles Davis en version dub, de la jungle par Herbie Hancock, DJ Krush et à nouveau Yesterday New Quintet, mais cette fois interprétant Stevie Wonder.